Projection Mercator : pourquoi la carte du monde est en train d’évoluer
La projection de Mercator n’est pas une mauvaise carte : elle répond à un besoin historique précis. Mais lorsqu’on l’utilise pour regarder le monde entier, elle grossit fortement les régions proches des pôles. En 2026, l’actualité autour de l’ONU remet donc au premier plan les projections qui conservent mieux les superficies.
Pourquoi Mercator a-t-elle dominé les cartes du monde ?
Gérard Mercator publie sa célèbre projection en 1569 dans un contexte de navigation maritime. Sa propriété essentielle est la conservation locale des angles. Une route suivie à cap constant peut être représentée par une ligne droite sur la carte, ce qui en a fait un outil extrêmement pratique pour les navigateurs.
Cette propriété explique aussi pourquoi Mercator reste très utile aujourd’hui dans certains usages numériques. Lorsqu’on regarde une ville, une région ou un itinéraire à une échelle locale, la question principale n’est pas forcément de comparer la superficie du Groenland à celle de l’Afrique. Le problème apparaît surtout lorsque la même projection devient notre image générale du monde entier.
Pourquoi Mercator déforme-t-elle autant les superficies ?
Pour conserver les angles, Mercator doit étirer de plus en plus la carte lorsqu’on monte vers les pôles. Les territoires situés aux hautes latitudes occupent donc une surface dessinée beaucoup trop importante par rapport aux régions proches de l’équateur.
Le même effet concerne le Canada, la Russie et une partie de l’Europe. À l’inverse, l’Afrique, l’Amérique du Sud ou l’Indonésie paraissent relativement moins imposantes lorsqu’on les compare visuellement aux régions plus proches des pôles.
Ce qui change avec la décision de l’ONU en septembre 2026
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution « Correct the Map » par 164 voix pour, une contre et six abstentions. Le texte encourage gouvernements, écoles, organisations internationales et acteurs technologiques à utiliser des représentations qui respectent mieux les superficies relatives des régions du monde, notamment lorsqu’il s’agit de pédagogie et de représentation globale.
Equal Earth : une alternative conçue pour mieux comparer le monde
Equal Earth est une projection à superficies égales publiée en 2018 par Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny. Son principe est simple à comprendre : si deux territoires représentent la même part de la surface terrestre, ils occupent aussi la même proportion de surface sur le planisphère.
Cela ne rend pas la carte parfaite. Les formes, les angles et les distances sont nécessairement déformés ailleurs. Une Terre courbe ne peut pas être aplatie sans compromis. Equal Earth est donc particulièrement intéressante pour les planisphères pédagogiques, les cartes thématiques et les comparaisons de superficies, mais elle ne remplace pas tous les autres systèmes de projection.
Equal Earth, Eckert IV… pourquoi n’existe-t-il pas une seule « nouvelle carte » ?
Equal Earth n’est pas la seule projection qui conserve les superficies. Eckert IV appartient aussi à cette famille. Les deux dessins sont différents et répondent à des choix cartographiques distincts. L’expression « nouvelle carte du monde » utilisée dans l’actualité simplifie donc une réalité plus riche : plusieurs projections peuvent être préférables à Mercator selon ce que l’on veut montrer.
Et la France : va-t-elle utiliser une seule nouvelle carte ?
Le Quai d’Orsay a annoncé le même 4 septembre vouloir sortir de l’usage systématique de Mercator dans ses représentations diplomatiques. La formule importante est le choix de la cartographie adaptée à chaque usage. Autrement dit, la France ne décrète pas qu’une projection unique remplacera Mercator partout.
Mercator va-t-elle disparaître ?
Non. Mercator continuera d’être pertinente lorsque ses propriétés correspondent au besoin. Ce qui évolue, c’est son statut de représentation universelle par défaut pour montrer la planète entière. Dans les écoles, les médias, les cartes de données et les atlas, les projections à superficies égales peuvent progressivement prendre davantage de place.
Le changement le plus important est donc moins technique que visuel : lorsqu’on regarde le monde dans son ensemble, l’Afrique et l’Amérique du Sud retrouvent davantage leur poids relatif, tandis que le Groenland, le Canada, la Russie ou l’Europe cessent d’être artificiellement surdimensionnés.
Ce qu’il faut retenir
- Mercator reste une projection utile, notamment parce qu’elle conserve localement les angles.
- Elle est peu adaptée pour comparer visuellement la superficie des continents et des pays à l’échelle mondiale.
- Equal Earth conserve les superficies relatives, mais déforme d’autres propriétés de la géométrie.
- La résolution de l’ONU encourage des représentations plus équitables sans bannir Mercator ni toucher aux frontières.
- Le bon réflexe n’est pas de chercher une carte parfaite, mais de choisir une projection adaptée à la question posée.